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Survol du Centre-du-Québec

Par Marc-André Houle, agent du Fonds Écoleader au Centre-du-Québec

À titre d’agent au Fonds Écoleader, j’ai l’honneur et le plaisir de vous faire découvrir ma nouvelle région d’adoption : le Centre-du-Québec. C’est en complétant une thèse de doctorat en science politique à l’UQAM portant sur la reconversion industrielle des régions québécoises, dans laquelle j’ai comparé les expériences de Sorel-Tracy et Drummondville, que j’ai réalisé (vaut mieux tard que jamais!) que je souhaitais travailler de façon pratique au développement et à la transition écologique de l’économie du Québec. Mon souhait s’est réalisé quand j’ai joint au début 2020 la Corporation du développement durable (CDD) comme agent au Fonds Écoleader et, depuis, j’appuie les entreprises du Centre-du-Québec dans leur démarche vers l’adoption de pratiques écoresponsables et de technologies propres.

Basée à Victoriaville, la Corporation du développement durable (CDD) est l’organisme tout désigné pour assurer la mise en œuvre du mandat de l’agent du Fonds Écoleader au Centre-du-Québec. Depuis 2012, sa mission consiste entre autres à sensibiliser, mobiliser et outiller les organisations régionales, incluant les entreprises, afin de les accompagner à passer à l’action en matière de pratiques écoresponsables. Par les projets qu’elle porte – la Démarche d2, le projet Économie circulaire Arthabaska-Érable et le Fonds Écoleader, la CDD repousse les frontières de son action et s’impose comme un acteur incontournable et un interlocuteur privilégié en matière de développement durable sur le territoire du Centre-du-Québec.

Marc-André Houle, agent Fonds Écoleader et Jacinthe Roy, coordonnatrice de la CDD

 

Une jeune région façonnée par sa trajectoire agricole et manufacturière

Le Centre-du-Québec est la plus jeune des régions administratives québécoises. Elle est le résultat de la réorganisation en 1997 de la région Mauricie-Bois-Francs des suites de la volonté exprimée par la communauté de devenir un pôle administratif à part entière. Elle est composée de cinq MRC (Arthabaska, Bécancour, Drummond, L’Érable et Nicolet-Yamaska) qui s’étendent sur une superficie de 6 921 km2 (15e sur 17) et accueillent quelque 250 000 habitants (12e sur 17). Les trois villes les plus importantes en terme de population sont Drummondville, Victoriaville et Bécancour.

La structure économique de la région se caractérise entre autres par une forte présence des activités liées aux secteurs primaire et de la fabrication. Le Centre-du-Québec est d’abord une importante région agricole. Elle comptait 3 300 entreprises agricoles en 2011[1] ce qui explique entre autres pourquoi 7,7 % des emplois relèvent du secteur primaire comparativement à 2,2 % pour l’ensemble du Québec (2019)[2]. 

Crédits: MRC Arthabaska

La production agricole est très diversifiée et bien répartie sur tout le territoire. Les productions animales, avec la production laitière en tête suivie par le porc et la volaille, représentent les secteurs dominants. Par sa production laitière, la région est naturellement un grand producteur de fromages. À cet égard, il est toujours bon de rappeler que c’est au Centre-du-Québec que fût mangée la toute première poutine avec son caractéristique fromage en grains et que deux villes, Warwick et Drummondville, se disputent toujours la maternité de l’invention![3] Les productions végétales, incluant les petits fruits, sont aussi très présentes. La région se démarque depuis quelques décennies déjà par sa production de canneberges. Les produits de l’érable sont aussi bien ancrés dans l’ADN agricole du territoire et les productions durables et biologiques s’imposent de plus en plus. Enfin, la région constitue un pôle de recherche, de savoir et d’innovation avec la présence à Victoriaville de l’Institut national d’agriculture biologique (INAB) – le plus important du genre au Canada -, le Centre d’expertise et de transfert en agriculture biologique et de proximité (CETAB+) ainsi que le Centre d’innovation sociale en agriculture (CISA). Ils sont tous les trois affiliés au Cégep de Victoriaville.

Fromagerie du Presbytère

 Le Centre-du-Québec se spécialise également dans le secteur de la fabrication pour lequel il connaît une riche histoire. Rappelons qu’au XXe siècle, Drummondville s’est développée grâce à l’industrie du textile, comme Victoriaville, qui a aussi pu compter sur l’industrie du meuble, alors que le développement de Bécancour s’est articulé autour de l’industrie lourde et de la reconversion des installations de la sidérurgie du Québec (SIDBEC) en parc industriel et portuaire

Industek, fabricant de presses et de compacteurs environnementaux. Crédits: Les Maximes

Fort de l’esprit entrepreneurial de la population et bénéficiant d’une localisation géographique avantageuse pour les entreprises qui fournissent les marchés québécois, canadien et américain, le secteur manufacturier centricois est aujourd’hui plus diversifié que jamais. Les 777 entreprises manufacturières (2012)[4] du territoire positionnent le Centre-du-Québec au 7e rang des régions administratives à ce chapitre et concentrent 23,0 % des emplois, soit nettement davantage que la moyenne de l’ensemble du Québec (11,5 %). Le secteur repose principalement sur les activités de PME œuvrant dans l’industrie de faible et moyenne intensité, et ce, plus spécialement dans la fabrication de produits de consommation (ex. : aliments et meubles) qui représentent 41,2 % de toutes les activités manufacturières de la région.  

Pionnière en développement durable

Crédits: MRC de L’Érable

La région tend à s’imposer depuis plusieurs années comme leader au plan du développement durable (DD) et des pratiques écoresponsables. On peut d’emblée penser à Victoriaville « berceau du développement durable » et au travail réalisé par Normand Maurice qui, dès la fin des années 1970, s’est engagé à inculquer les pratiques de la récupération et du recyclage auprès de la communauté. Depuis, des dizaines d’initiatives ont été mises en œuvre au Centre-du-Québec. Pour les entreprises, cet engagement envers le développement durable se traduit entre autres par : 

Bornes électriques, Cascades. Crédits: Les Maximes

Ce leadership régional se reflète bien sûr à travers les actions mises en oeuvre par des entreprises phares. On peut par exemple penser à Cascades de Kingsey Falls, dont le recyclage et l’économie circulaire sont à la base même de la fondation de l’entreprise en 1964. Véritable moteur de développement durable, et ce, tant à l’échelle régionale, nationale qu’internationale, Cascades a fait des petits. C’est le cas de l’entreprise AXÉ Transformation d’Éric Saint-Laurent et Myriam Vallée qui, à Kingsey Falls, revalorise les mandrins de carton afin qu’ils soient réutilisés dans les usines de pâtes et papier de Cascades. Dans le domaine agroalimentaire, on peut penser à Fruit d’Or qui analyse présentement l’impact énergétique de son bâtiment de Plessisville, grâce au soutien du programme de financement du Fonds Écoleader (l’implantation de nouveaux panneaux solaire thermo PVT leur permettra de réduire 425 tonnes/an d’émission de gaz à effet de serre), ou encore à La Ferme Irma de Saint-Albert qui est associée au projet Coop Agri-Énergie Warwick, une usine de biométhanisation. Enfin, preuve que les pratiques écoresponsables sont à la portée des entreprises de toute taille et de tous les secteurs, Planchers HB, logé dans l’Écoparc industriel Daniel-Gaudreau de Victoriaville, a mis en place différentes initiatives, un mur solaire entre autres, qui la démarque par rapport aux autres entreprises de son secteur d’activités.

Le défi : demeurer dans le peloton de tête

Crédits: MRC Arthabaska

Malgré tout, il reste beaucoup de travail à faire pour assurer la transition écologique des entreprises de la région. Les enjeux et défis sont à cet égard nombreux. Parmi eux, un premier défi qui est le lot de toutes les régions, consiste à assurer la concertation et la collaboration entre toutes les MRC, villes et municipalités afin que le plus grand nombre d’entreprises possible puisse bénéficier de l’expertise présente et de l’expérience développée sur le territoire. 

Deuxièmement, le contexte créé par la pandémie de COVID-19 change la donne pour tous et se traduit par des défis supplémentaires pour les entreprises dont certaines sont toujours en train d’évaluer leur viabilité à court et moyen termes. On sait toutefois que l’adoption de pratiques d’affaires écoresponsables et de technologies propres peut être un moyen d’assurer la pérennité des entreprises et d’améliorer leur compétitivité tout en les rendant moins dépendantes et vulnérables face à des facteurs externes. 

Avant la pandémie, le Centre-du-Québec était particulièrement touché par la problématique de la pénurie de main-d’œuvre. Bien que cette problématique soit quelque peu passée au second plan avec la COVID, elle est rapidement réapparue avec la relance. Or, l’adoption de pratiques d’affaires écoresponsables peut se révéler un moyen d’attirer et de retenir les employés, surtout chez les plus jeunes générations qui tiennent de plus en plus à travailler dans des environnements responsables et durables. Le défi ici consiste donc à démystifier le concept de développement durable et ses différentes applications auprès des entreprises et à les informer des avantages concurrentiels des pratiques écoresponsables pour leur secteur d’activités.

 Enfin, un bref coup d’œil sur le Plan de gestion des matières résiduelles (PGMR) 2016-2020 des cinq MRC de la région montre qu’il y a place à amélioration. Soit les données sur les matières recyclées et/ou compostées des industries, commerces et institutions (ICI) sont mal, voire pas connues, soit les résultats sont mitigés. C’est le cas notamment de la MRC d’Arthabaska où, « [p]our les commerces, plus de 50 % des matières recyclables sont récupérées, soit près de 45 % de papier et carton, tandis que les industries en récupèrent seulement 17 %. Le secteur industriel qui récupère le moins est celui de l’agriculture suivie du secteur manufacturier. »[5]

Dans cette optique, le Centre-du-Québec se définit peut-être comme le berceau du développement durable, mais le défi est maintenant de demeurer un chef de file en la matière. Comme la poutine qui a vu le jour ici, mais qu’on retrouve désormais partout au Québec, au Canada et même ailleurs dans le monde, il faut continuer à travailler fort et à innover afin d’avoir les meilleurs ingrédients et ainsi concocter la meilleure recette!

Crédits : MRC de Bécancour


[1] https://www.mapaq.gouv.qc.ca/fr/Publications/Regional.pdf, p. 8

[2] https://www.economie.gouv.qc.ca/pages-regionales/centre-du-quebec/portrait-regional/structure-economique/#:~:text=La%20structure%20%C3%A9conomique%20de%20la,du%20Qu%C3%A9bec%20dans%20son%20ensemble.&text=En%202019%2C%20le%20Centre%E2%80%91du,9%20%25%20des%20emplois%20du%20Qu%C3%A9bec.

[3] https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/poutine

[4] https://www.economie.gouv.qc.ca/fileadmin/contenu/publications/etudes_statistiques/secteur_manufacturier/portrait_manufacturiers_du_Quebec.pdf, p. 7

[5] https://www.munidata.ca/upload/contentsFile/file/lng/1781fr-CA.pdf?v=20200629062910


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