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La Ferme Irma : tirer profit de la biométhanisation et des dimensions du développement durable

Ce portrait d’entreprise leader fait partie du dossier : Survol du Centre-du-Québec, une présentation du Fonds Écoleader (FÉ), en collaboration avec Marc-André Houle, agent au FÉ de la région.

La Ferme Irma est une entreprise agricole spécialisée dans la production laitière située à Saint-Albert, près de Victoriaville, dans la MRC d’Arthabaska. L’histoire de cette ferme, c’est d’abord celle de la famille Studhalter, des frères Andreas et Urs (avec qui nous avons eu l’occasion de nous entretenir), ainsi que de leur sœur Irma en l’honneur de laquelle la ferme a été nommée. Arrivés au Québec en 1995 en provenance de Suisse, Andreas et Urs Studhalter ont été conquis par le potentiel agricole et la superficie des terres disponibles dans la région. Au départ, les activités de la ferme reposaient essentiellement sur la production de 45 vaches et la centaine d’hectares de champs. Aujourd’hui, la Ferme Irma abrite 600 bêtes et s’étend sur une superficie de 525 hectares, ce qui en fait l’une des importantes fermes laitières de la région considérant qu’en moyenne, celles-ci comptent 70 têtes. 

Urs Studhalter

Offrir un milieu de vie de qualité : des employés et un troupeau heureux

L’histoire de la Ferme Irma c’est aussi celle d’une entreprise en expansion depuis 25 ans et d’une vision durable du développement qui touche autant à l’animal, qu’à l’humain, ainsi qu’à leurs environnements respectifs. Par exemple, au début des années 2010, les Studhalter n’ont pas hésité à investir dans l’amélioration de la qualité de vie de leur troupeau. L’installation de logettes profondes utilisant un mélange chaux-paille-eau comme litière a, en plus d’offrir un logement plus confortable aux vaches, eu pour effet de diminuer les blessures aux membres comme les pieds et les jarrets. Résultat : des vaches plus heureuses, plus solides et plus productives. De plus, la paille de soya utilisée comme litière est cultivée sur la ferme et renvoyée au champ comme fertilisant. 

En 2018, face à la pénurie de main-d’œuvre, la Ferme Irma a décidé de faire preuve d’imagination et d’innover. En effet, Andreas et Urs Studhalter se sont tournés vers des travailleurs n’ayant pas d’expérience dans le secteur agricole. Pour ce faire, ils ont choisi de miser sur la qualité du milieu de travail, l’esprit d’équipe, ainsi que la modernité des installations afin de dénicher de la nouvelle main-d’œuvre. L’idée est de former ces personnes sur la ferme afin qu’elles puissent développer une nouvelle passion. D’un côté, il s’agit d’un processus qui nécessite un investissement en temps et en ressources, mais, de l’autre, on s’assure de créer un sentiment d’appartenance en plus de pouvoir bénéficier de visions et d’expériences nouvelles sur la ferme. Pour s’assurer de fidéliser leurs employés, les deux entrepreneurs offrent en outre des salaires concurrentiels, un horaire par rotation et la création d’un plan de retraite auquel employés et employeurs contribuent à parts égales. Cette stratégie a permis de recruter deux personnes qui, après un temps, ont toutefois choisi de retourner dans leur secteur d’activités respectifs. Bien que l’expérience n’ait pas été concluante, Urs Studhalter y tire beaucoup de positif. Il garde d’ailleurs bon espoir de pouvoir recruter de la main-d’œuvre locale par cette stratégie. Pour l’agriculteur, ce n’est pas du tout un échec, cela fait partie de la réalité. C’est une étape de franchie dans le développement de sa stratégie!

Améliorer son bilan environnemental grâce à la biométhanisation

La première coopérative agricole dédiée à la production d’énergie renouvelable au Québec

La Ferme Irma est également partie prenante d’un important projet régional en économie circulaire : la Coop Agri-Énergie Warwick. L’entreprise de Saint-Albert est l’un des 11 membres fondateurs de la coopérative qui est présidée par Urs Studhalter. Ce projet de 12 millions de dollars, dont les activités commenceront en janvier 2021, vise la production de gaz naturel renouvelable et de digestat (fertilisant) à partir de la biométhanisation de lisiers et de fumiers de bovins laitiers. Pour Urs, l’association de la Ferme Irma à ce projet était naturelle :

« Le développement durable est une valeur de la famille et de l’entreprise et la Coop Agri-Énergie Warwick représente une solution écologique pour valoriser nos lisiers et fumiers et donc une occasion de faire une agriculture plus écoresponsable. » — Urs Studhalter

Concrètement, la Coop Agri-Énergie Warwick prévoit une production annuelle de 2,3 millions m3 de gaz naturel et une réduction de 6 500 tonnes équivalent de CO2 en GES. La vente du gaz naturel à Énergir permettra aux entreprises de diversifier leurs sources de revenus et les rendra moins dépendantes des approvisionnements extérieurs et d’événements comme la pénurie de propane occasionnée par les blocus ferroviaires de la fin 2019 et du début 2020. Idem avec la production locale de fertilisants qui rendra les agriculteurs plus autonomes dans leur approvisionnement, en plus de réduire l’empreinte relative au transport, ainsi que d’assurer une stabilité de prix, une qualité de produit et une réduction des odeurs à l’épandage. 

La mise sur pied de ce projet représentait au départ un certain nombre de défis : il fallait trouver une masse critique d’entreprises agricoles voulant être membre de la coopérative, trouver et attacher le financement et respecter la réglementation gouvernementale qui n’est pas encore bien définie en matière de biométhanisation et de production de digestat. De plus le contexte relatif à la COVID a quelque peu retardé la mise l’entrée en fonction du complexe du rang Kirouac à Warwick. Malgré tout, Urs Studhalter estime que la Coop carbone, l’organisme qui coordonne le développement, la construction et les opérations du projet, a grandement facilité les choses, d’où l’importance de s’entourer d’experts compétents. Le projet a pu bénéficier d’une aide financière du Programme Technoclimat de Transition énergétique Québec (TEQ), d’une aide publique remboursable de Développement économique Canada (DEC), ainsi que d’une aide financière du Programme des technologies propres en agriculture d’Agriculture et d’Agroalimentaire Canada. Surtout, la réception positive de la communauté et l’engagement des entreprises agricoles ont été déterminants. 

« Ce projet a eu pour effet d’unir les forces de la communauté agricole locale, de créer de nouvelles solidarités en plus de créer un sentiment de fierté. Seul on peut faire un bout de chemin, mais en groupe on peut en faire beaucoup plus. » — Urs Studhalter

Nul doute que ce projet représente pour la communauté une manifestation tangible du fameux concept d’« empowerment » qui peut se traduire en français par « autonomisation » et qui désigne le processus par lequel on acquiert la maîtrise de ses moyens pour se transformer dans une perspective de développement. 

Maintenant que le complexe de biométhanisation est pratiquement prêt à débuter ses activités, l’objectif est de reproduire ce modèle ailleurs dans la région et ailleurs au Québec. 


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